Édito: Multinationales et État

Marie-Noëlle AubergerLes principaux acteurs de la mondialisation sont les entreprises multinationales, dont on se plait à dire qu’elles sont plus puissantes que les Etats. Il conviendrait de nuancer cette affirmation, certaines entreprises sont plus puissantes que certains Etats mais le contraire demeure vrai dans bien des cas. Mais surtout on peut noter que la puissance des grandes entreprises est renforcée, si ce n’est générée, par l’alliance avec l’Etat.

 

Outre l’existence avérée d’un complexe militaro-industriel, l’association des milieux financiers et du grand commerce avec l’appareil diplomatique et administratif n’est pas une nouveauté mais elle aurait plutôt tendance à se renforcer, la guerre en Irak en étant une manifestation. Dans la préoccupation d’une gouvernance mondiale, certains en appellent à la limitation de l’action des entreprises par l’Etat, garant de l’intérêt général, et déplorent que certaines fonctions régaliennes puissent sembler dévolues aux compagnies privées. La question est légitime: qui a le droit de se préoccuper de l’intérêt général?

 

Considérer comme suspecte toute attention portée par les acteurs économiques à autre chose qu’à l’économie ou au social au sens restreint du terme, c'est-à-dire les bonnes conditions de travail et de salaire des collaborateurs de l’entreprise, faire sienne la conception dans laquelle seul l’Etat a la légitimité de s’occuper des attentes des parties prenantes externes rejoint de fait l’ultra libéralisme pour qui l’entreprise n’a d’autre légitimité que de contenter ses actionnaires, à la limite de créer des richesses et de l’emploi. Appeler au renforcement des Etats pour qu’ils mettent au pas les multinationales relève d’une conception de la nature de l’Etat qu’on nous permettra de qualifier de naïve car il peut être un moyen utilisé par l’entreprise pour assurer sa puissance.

 

Marie-Noëlle Auberger