Le ministre de l'Emploi dénonce l'inefficacité des services du même nom

Les mauvais résultats obtenus par la France en matière d'emploi s'expliquent aussi par la multiplicité des acteurs qui interviennent en la matière, sans coordination ni méthodes communes. Les Assedic accomplissent leur tâche assurantielle, l'ANPE fait de la mise en relation instantanée mais pas de gestion prévisionnelle des emplois, le dispositif de formation professionnelle est placé sous la responsabilité des conseils régionaux, les chambres consulaires vivent leur vie, tandis que les Missions locales et autres services de l'Etat agissent selon leur propre logique. Ce "système aux légitimités éclatées" est inefficient. Ce constat sévère était celui de Jean-Louis Borloo, ministre de l'Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement du gouvernement Villepin, lors de sa rencontre avec l'Association des journalistes de l'Information Sociale le 6 septembre 2005.

 

Pour le ministre, le service de l'emploi fonctionne bien dans des pays aux options politiques différentes mais qui sont tous caractérisés par l'unicité, sinon des opérateurs, du moins des guichets. Alors que le système français de l'emploi connaît "des légitimités éclatées", l'efficacité exige d'une part que l'ensemble des prestations soit rendu au même endroit et d'autre part que les besoins soient prévus et la formation adaptée. Une expérience de guichet unique et de dossier unique en cours à Tours et Nancy a obtenu de bons résultats mais il convient de faire la part de l'enthousiasme des pionniers.

 

Contrairement à ses homologues des autres pays européens, le demandeur d'emploi français est très mal accompagné, ce qui explique le temps important qu'il met à retrouver du travail. Le chômeur fait le point théoriquement tous les six mois, dans la pratique cela peut n'être qu'une fois par an. A partir du 1er janvier 2006, le rendez-vous devrait être mensuel, et devenir hebdomadaire en fin d'année, comme dans les job centers britanniques. Le nombre d'agents affectés à l'accompagnement des demandeurs d'emploi est nettement inférieur en France à ce qu'il est à l'étranger mais le nombre total d'agents du service public de l'emploi est du même ordre de grandeur. ANPE, Assedic, Missions locales : chaque opérateur a son back office qui occupe le tiers des effectifs totaux. Un glissement fonctionnel est à prévoir pour dégager des opérationnels et des milliers d'agents seront embauchés à l'ANPE.

 

L'amélioration du fonctionnement du service public de l'emploi devrait, selon le ministre, permettre une diminution du taux de chômage de trois points en cinq ans. Sur le terrain, on est plus sceptique. Encore faudrait-il avoir les moyens d'accompagnement, disent les conseillers, donc être plus nombreux. Plus nombreux et surtout plus pertinents, disent parfois les usagers. Une jeune diplômée littéraire ayant commis l'imprudence de dire à l'antenne de son quartier qu'elle avait fait des stages pendant ses vacances et du baby-sitting pendant l'année a été inscrite comme demandant un CDI à plein temps de baby-sitting, nonobstant un double cursus à bac+4. Et les querelles de chapelle n'ont pas cessé: dans certaines antennes cadres de l'ANPE, on déconseille fortement aux clients d'aller voir l'APEC alors que cette association paritaire se prétend pour sa part à la fois légitime et efficace.

 

La fin officielle du monopole de placement de l'ANPE a permis aux agences d'intérim d'afficher qu'on peut aller chez elles pour trouver un CDI et à une société d'origine australienne de faire du reclassement dans le Nord-Pas de Calais. Ces nouveaux acteurs seront-ils efficaces? Pour le moment, les faits n'ont pas encore parlé.

 

MNA