La Chine et la RSE

Chine et RSE… On trouve ces deux noms accolés surtout quand des ONG internationales - soyons francs, occidentales - s'émeuvent des conditions de travail dans les usines des fournisseurs de la grande distribution ou de l'utilisation du travail carcéral. Mais cette notion a-t-elle un sens pour les entrepreneurs chinois? Le CEDAC - Centre d'Etudes et d'Action pour la Cohésion sociale - organisait en juin les septièmes ateliers de la RSE sur ce thème, en partenariat avec La Libre Belgique.

 Jean Ruffier, chercheur français du CNRS et de l'Université de Lyon Jean Moulin, observe les usines chinoises depuis 1988, en compagnie de collègues chinois de l'Université Sun Yat Sen à Canton. Le Centre franco-chinois de recherche en gestion, dont il est co-directeur, travaille sur un triangle de 250 kilomètres de côté qui rassemble 80% des exportations chinoises, car l'excédent commercial chinois est porté par trois ou quatre régions, dont celle de Canton, alors que le commerce extérieur des régions de Shanghai et de Pékin est déficitaire. L'"atelier du monde" n'occupe pas toute la Chine!

A l'époque maoïste, il n'existait pas d'entreprises privées et l'entreprise publique n'était pas une entreprise au sens occidental du terme, elle n'était pas une unité économique. La RSE, comprise comme l'attention portée aux relations entre l'entreprise et la Société, était poussée à un niveau extrême, explique Wang Da, professeur à l'Université de Pékin. "L'usine offrait tout, de la cantine à l'hôpital à prix réduit, mais les Chinois savent maintenant que c'est un mauvais système."

Depuis 1978, le système économique chinois est orienté vers le marché. Néanmoins, l'entrepreneur chinois public obéit à des instructions nationales, le gouvernement chinois se préoccupant de rééquilibrer la richesse sur le territoire, afin que le décollage industriel profite à l'ensemble de la Chine. Les capitalistes nationaux, affirme le professeur Wang Da, mettent en place cinq principes hérités du confucianisme qu'ils ont adapté au monde des affaires : la santé des employés, le protection de la nature, l'égalité des droits, la qualité de la production, la recherche technologique. "Les entrepreneurs privés ont échappé au Parti et souvent à l'école" formule Jean Ruffier. Ils n'ont pas le bac mais ont créé la richesse de la Chine d'aujourd'hui. Ils sont dans le même concept que les patrons européens du XIXe siècle : tout mettre dans leur usine. La responsabilité sociétale ne fait pas partie de leurs objectifs.

D'ailleurs, les entreprises chinoises installées en Belgique invitées par Anne Peters, l'organisatrice de la rencontre, n'ont pas souhaité intervenir.

MNA